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Lhiver aux trousses 1Éditions Stock.

Quatrième de couverture :

Cédric Gras est un écrivain géographe. Ou plutôt un écrivain de la géographie, et aussi un arpenteur, un baroudeur érudit, l’un de ceux qui n’hésitent pas quand il faut tracer un trait entre Yakoutsk et Vladivostok, et parcourir l’Extrême-Orient russe, l’hiver aux trousses, en accompagnant l’automne. Des contrées polaires à la mer du Japon, la "chasse aux feuilles rouges" d’un long été indien a guidé ses pas.

Au coeur de territoires dont les noms sont autant de promesses de rêves, et parfois de terribles désillusions, il dialogue avec les fantômes de l’épopée tsariste, trinque avec les derniers du progrès soviétique, et raconte la Russie pacifique contemporaine. Aux confins du pays, au bord de l’Orient, le voici qui s’avance sur les traces des grands voyageurs.


Présentation de la genèse de son livre par Cédric GRAS :


CITATIONS :

"Là j'ai déniché dans les rayons une édition soviétique d'un recueil d'Evtouchenko. Un instant je me suis assis au bord de la fenêtre donnant sur l'Amour scintillant. Au milieu du livre, quelques vers évoquaient "la nostalgie du futur". C'est pour des phrases comme celle là que j'avais abandonné mon ébauche de doctorat. Elles me font fermer les yeux et plisser le front comme à l'écoute des Sonates du Rosaire ou des fados d'Alfama. J'en ai des frissons et des insomnies. Qui a mieux exprimer le mieux le malaise de la Russie contemporaine qu'Evtouchenko avec ses quatre mots ? Que vaut un triste rapport face aux pouvoirs de la poésie ?
Des armées de chercheurs férus et qualifiés ont planché sur les maux du naufrage postsoviétique. Ils en ont fait des tonnes sur l'effondrement du système. C'est en général pertinent. Mais les sciences humaines ne peuvent rien contre la littérature. Elle dit tout en un quatrain, qu'il s'agisse d'amour ou de communisme. Toska po buduchemu, "la nostalgie du futur", le spleen de cet avenir lumineux qu'on leur avait promis en ces terres. Car se contenter de peu est un délice lorsque l'on a confiance en des lendemains heureux. Un long harassement est une volupté à la seule promesse d'un repos. Mais les rêves, le pays et la propagande elle-même s'étaient effondraient en chœur. L’absence de lumière au milieu de l'hiver sur chaque existence. Et l'on ne regrettait pas l'URSS en elle-même, mais le serment qu'elle professait, l’infaillibilité du progrès, la victoire finale, l'épanouissement prolétaire, toutes sortes de certitudes."

"La saison, objet de mon voyage, fil rouge de mes pérégrinations, courait à sa fin et l'altitude précipitait sa perte. Ma brève épopée touchait presque à son but. Avec la marche je me remémorais l'arrière-saison estivale claire et haute en couleur, à Aïm, à Polina Ossipienko ou à Sakhaline. La fuite vers le Sud n'avait pas pu entièrement conserver la primeur de l'été indien. Le temps était allé plus vite que mon allure. J'avais pu le ressusciter à plusieurs reprises mais j'avais aussi contemplé, au hasard des influences maritimes, continentales, altitudinales ou enfin latitudinales, les Trois Automnes de la poétesse Anna Akhmatova. D'abord cette saison pure, "bigarrée et lumineuse" ; des érables de sang, des bouleaux d'or et des ciels d'azur. Puis tout avait semblé plus pâle et les ramures dépouillées flottaient dans un brouillard qui venait fermer le firmament. Akhmatova dit de ce deuxième automne qu'il est "impassible et sans passion, comme la conscience", "tout semble plus vieux et plus blême". J'en étais presque au troisième : la taïga nue et prête pour le pudique voile neigeux. L'année comporte infiniment plus de saisons que les quatre du calendrier."

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