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Nouvelles TaigaAnthologie des écrivains iakoutes du XXème siècle. Éditions Borealia.

Quatrième de couverture :

Au coeur d'un monde sauvage peuplé d'esprits, nous, humains, partageons nos histoires avec les arbres centenaires, les roches silencieuses, les lacs paisibles et les animaux sauvages.
Bienvenue en Iakoutie, terre où la nature est souveraine et où l'homme réalise comme une évidence qu'il en fait pleinement partie. L'immensité de la taïga nous tend les bras, énigmatique, sous la chaleur écrasante du soleil d'été et par le froid extrême de l'hiver polaire. Dans ses profondeurs, la forêt boréale semble renfermer les secrets du monde, être la source même de la vie : cette origine absolue à laquelle nous aspirons sans cesse à revenir.

Dix nouvelles de la Taïga dans l'Extrême-Orient russe par six auteurs contemporains iakoutes du début du XXème siècle à nos jours.


Analyse :

Livre très intéressant pour une première approche de la culture des iakoutes.
Peuple de langue turque du Nord et d'ethnie turco-mongole, installé en Sibérie (actuelle république de Sakha - nom des iakoutes dans leur langue) vers le XIVème siècle, il a su sauvegarder en partie sa langue, sa religion et ses traditions.

Il est courant de diviser les iakoutes en 2 groupes distincts, ceux du Nord (chasseurs-pêcheurs semi-nomades et éleveurs de rennes) qui auraient quasiment disparus, et ceux du Sud (guerriers et éleveurs de chevaux et de bétail) qui se sont parfaitement adaptés à l'arrivée des cosaques russes au point de multiplier par 10 leur population en 2 siècles.

Convertis à l'orthodoxie russe entre le XVIIIème et le XIXème siècle, les iakoutes sont, pour beaucoup, restés fondamentalement animistes, bien que peu pratiquent encore le chamanisme, proche du tengrisme, de leur origine.

Ce livret n'est certes pas un précis d'ethnologie, mais une compilation de petits textes écrits par des auteurs iakoutes. Textes qui, s'ils ne permettent pas d'appréhender, l'histoire ou la religion de ce peuple, sont suffisamment bien choisis pour une approche de l'âme iakoute et pour donner l'envie d'en savoir plus sur le rapport privilégiés des iakoutes à la nature, leur histoire, leur religion et leur avenir.

À la lecture de ces textes, on sera tenté de faire des rapprochements avec les autres peuples païens ou polythéistes. Il serait d'ailleurs très intéressant d'établir une étude comparative des différentes cosmogonies établissant l'homme comme partie de la nature.

L'arbre de vie des iakoutes semble très proche d'Ygdrasill -l'arbre monde- des nordiques.
Les divinités tutélaires des celtes, des amérindiens, des kalash (peuple indo-européen païen vivant dans des vallées du Nord-Pakistan), des kafirs (avant leur conversion forcée à l'islam), ne sont elles pas presque les mêmes que les "esprits-maîtres" des iakoutes ?
La place du cheval dans l'âme iakoute n'est-elle pas la même que chez beaucoup d'autres peuples non monothéistes (les têtes de chevaux sculptées au-dessus des tombes se retrouvent, par exemple, également chez les kalash) ?

Ce petit livre, avec des textes accessibles à tous, ouvre une fenêtre sur un monde bien vivant que l'on a pas envie de refermer...

On regrettera seulement l'absence de texte de Platon Oiounski.

Liens wikipedia :

République de Sakha, les iakoutes, la langue iakoute.

 

CITATIONS :

Depuis les temps anciens, les Iakoutes considéraient cette clairière comme la demeure de l'Esprit-maître des lieux, Darkha-Khotun, qui vivait, invisible et silencieux, au cœur même de l'arbre. Les gens venaient ici chaque été pour décorer le mélèze et honorer les esprits aïyy, bienfaiteurs du monde du Haut. C'est pour cette raison que les branches de l'arbre étaient couvertes d'innombrables bouts de cordes qu'on appelait salama, de jouets d'enfants, de blagues à tabac cousues de perles, de foulards, de manchons rouillés, de pièces de monnaie. Suspendues à des cordes en crin, des plumes d'oiseaux et des touffes de crin de cheval se balançaient sous la brise.

Ô ! Merveille de la terre du Milieu !
Esprit-maître de la taïga éternelle !
Tu regardes mille ans en arrière,
Là d'où je suis venu, moi, homme de la forêt,
Sur les traces de mes ancêtres,
Tu regardes mille ans en avant,
Là où iront mes petits-enfants,
Les petits-enfants de mes petits-enfants,
Les générations de mes descendants.

Ô ! Esprit immortel, protecteur de mes biens,
Ne laisse pas s'approcher ceux qui ont les yeux vides et la pensée mauvaise, ceux qui n'écoutent pas!
Ne laisse pas s'approcher ceux qui n'aiment qu'eux-mêmes, les gens cupides et avides, ceux dont les mains sont prédatrices et voleuses.
Fais fuir les hommes zélés, les créatures qui ne vivent pas selon les lois de la raison, et ceux pour qui chaque journée courte est insignifiante.

Ô! Bonne et tendre mère-protectrice
Aan-Darkhan !
Dje-buo, dje-buo !
(in L'arbre de vie d'Aïssen DOÏDOU)


Les gens de la ville, apparemment, ne comprendraient jamais ceux de la forêt, les "rustres". Ils sont différents, ce sont des gens d'un monde en béton, froid et glissant comme le verre. Et puis, les mots et les règles de comportement sont différents de ceux de la vraie vie dans la nature, là où fleurit, l'été, le rosier arctique, où coulent en chantant des ruisseaux limpides et où se dressent mélèzes et épicéas, hauts et fiers dans le silence de l'hiver. "Il faut se dépêcher de rentrer chez nous, en forêt, où tout est calme à présent et où la neige blanche recouvre tout. C'est l'hiver. Et dans la petite cabane du chasseur, du petit bois brûle dans le four, et les flammes dorées et joyeuses, dansent la danse hors du temps de l'Esprit Oukhan. Il fait chaud !" pensa Okhonoon en contemplant par la fenêtre le cercle rouge du soleil de décembre.
(in Les sapins enneigés d'Aïssen DOÏDOU)


Il allait en forêt pour se retrouver lui-même, redécouvrir cette essence humaine et cette nature profonde qui se terraient dans les tréfonds de son âme chaque fois qu'il revenait à la civilisation. Ces sorties dans la nature, ce contact avec la forêt et la taïga, les rivières et les champs infinis, régénéraient ses forces physiques autant que spirituelles. Il avait l'impression de revenir à sa source, d'atteindre l'essentiel ; et l'harmonie entre lui et le monde extérieur remplissait son âme. Car, en ville, c'était comme si cette essence se cachait ou prenait d'autres formes, changeant de couleur tel un caméléon, ou comme si, simplement, elle prenait la fuite vers la forêt pour s'éloigner de lui. Mais, dans les moments où cette essence qui le reliait au monde extérieur, à cet univers, celui de Mère-Nature, et à tout ce qui existe de plus authentique au monde lui échappait, il ressentait toujours un sentiment de vide.
Ce jour-là, les arbres semblaient chuchoter entre eux, comme dans l'attente de son arrivée ou d'un événement merveilleux. Ainsi ravivé par la forêt hivernale, l'instinct animal de Kuluhun, venu de la forêt, qui somnolait dans les abysses de son âme, de son être profond, commençait à se réveiller.
(in Un jour dans la forêt, chez BAAÏ-BAÏANAÏ d'Oleg AMGUINE)

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