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Le chapiteau vertRésumé :

Trois amis deviennent dissidents par amour pour la littérature : Ilya, Sania et Micha font connaissance à l’école où ils sont les souffre-douleur d'autres camarades, plus grands ou plus forts. Car Ilya est laid et pauvre ; Sania un musicien fragile ; quant à Micha, il est juif… Le soutien de leur professeur de lettres est essentiel pour les trois amis, en cette Union Soviétique qui vient de vivre la mort de Staline et où chacun doit se positionner par rapport au pouvoir. Ilya documente ces années mouvementées en prenant des photos, tandis que Micha se rapproche du samizdat. Et lorsque Micha est dénoncé et déporté dans un camp, c’est Sania qui se charge de s'occuper de sa femme et de son enfant. Dans une vaste fresque qui plonge le lecteur au milieu de la tragédie soviétique, Ludmila Oulitskaïa sait tirer le meilleur profit de son immense talent de conteuse pour évoquer aussi bien la grandeur des hommes mus par le courage, les idéaux et l’amour, que les horreurs de la lâcheté, de la trahison et de la violence politique.
Un magnifique roman dans la grande tradition russe.

Citations :

Apparemment, il n’avait rien dit de particulier, mais il frôlait tout le temps une certaine limite. Il savait depuis longtemps que le passé n’est pas mieux que le présent. Et puis d’ailleurs… Quelle que soit l’époque, il faut lui échapper, s’en arracher, ne pas se laisser dévorer par elle.
“La littérature est la seule chose qui aide l’homme à survivre et à se réconcilier avec son temps !” enseignait Victor Ioulévitch à ses élèves.

Le chapiteau vert FolioMon Dieu, que de vers ! Que de poèmes ! Jamais la Russie n’a connu une époque pareille, ni avant, ni après. La poésie remplissait le vide sans air, elle se transformait elle-même en air. C’était peut-être “de l’air dérobé”, comme a dit Mandelstam. La plus haute reconnaissance, pour un poète, ce n’est pas le prix Nobel, mais le bruissement de ces feuillets recopiés à la machine et à la main, avec des fautes et des coquilles, presque illisibles : Tsvétaïeva, Akhmatova, Mandelstam, Pasternak, Soljénitsyne et, pour finir Brodsky .
(…) Le pouvoir soviétique persécutait les gens sans travail, rangeant parmi eux ceux qu’il empêchait lui-même de travailler. Le parasite Iossif Brodsky avait déjà été libéré de sa relégation dans le village de Norenskaïa, et rien ne laissait présager que cinquante ans plus tard, une salle à la mémoire de l’ancien relégué serait inaugurée dans la bibliothèque locale, et qu’une demoiselle usée entre deux âges y organiserait des visites sur le thème “Brodsky à Norenskaïa”. (page 122)

Peut-être que la beauté sauverait le monde, ou la vérité, ou un truc magnifique du même genre, mais la peur était quand même plus forte que tout, elle détruisait tout, tous les germes de beauté, toutes les pousses de ce qui est magnifique, sage, éternel... Ce ne serait pas Pasternak qui resterait, mais Mandelstam, parce que l'horreur de ce temps était davantage présente chez lui. Pasternak, lui, avait toujours voulu se réconcilier avec l'époque, l'expliquer de façon positive. (page 258)

A Karaganda, il avait rencontré Valentina, une “Aljirienne”. C’était à cette occasion qu’il avait découvert cette diabolique abréviation géographique: ALJIR, Camp d’Almolinsk pour Epouses de Traîtres à la Patrie (Akmolinski Laguer Jon Izmennikov Rodiny). Parmi ces milliers d’épouses, il y avait la mère de Maia Plissetskaia, celle de Vassili Axionov, celle de Boulat Okoudjava… La grand-mère maternelle d’Aliona était la veuve d’un membre éminent du Parti de la ville de Riazan.
Valentina, elle, faisait partie de la catégorie des TSIR (Tchien Semi Izmennikov Rodiny), les Membres de la Famille de Traîtres à la Patrie. Elle avait dix-sept ans lorsque son père avait été fusillé et sa mère arrêtée, et elle avait réussi à échapper au sort des vingt cinq mille TSIR mineurs expédiés dans les orphelinats. Elle avait suivi sa mère et s’était retrouvée dans une colonie de travail, dans le village de Malinovka. Sa mère était morte au bout d’un an. (page 353)

Le service funéraire se termina et le prêtre déclara que les proches pouvaient faire leurs adieux à la défunte. Tout le monde s‘avança aussitôt, et une queue se forma.
Anna Alexandrovna détestait les queues. Elle disait qu’elle avait passé la moitié de sa vie à faire la queue, pour acheter du pain, du lait, des pommes de terre, du savon, des billets, pour recevoir des lettres, et elle avait même mis au point une façon de se protéger : elle se récitait des vers. Elle disait en riant qu’avec ces files d’attente incontournables, le système soviétique lui avait permis d’entraîner sa mémoire. Elle n’avait sans doute jamais pensé que lors de son dernier jour sur cette terre, on ferait une telle queue pour la voir. (page 414)

ludmila oulitskaia

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