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Une tres legere oscillationQuatrième de couverture :

“Un journal intime est une entreprise de lutte contre le désordre. Sans lui, comment contenir les hoquets de l’existence ? Toute vie est une convulsion : une semaine se passe au soleil, une autre dans l’ombre, un mois dans la paix, un autre sur la crête.
Tout cela ne fait pas un destin, mais un effroyable battement, une trémulation de cauchemar.
Le journal est la bouée de sauvetage dans l’océan de ces errements.
Chaque soir, on y revient.
On lui voue sa fidélité.
Et grâce à lui une ligne se dessine, la vibration s’apaise en une très légère oscillation.”


Le mot de l’éditeur :

“La géographie de Sylvain Tesson est vaste. Elle couvre Paris, les toits de Notre-Dame, les calanques de Cassis, les montagnes de Chamonix, l’Irak, l’Ukraine, la Russie. Il y a les expéditions et les voyages intérieurs, les bivouacs d’un soir et les méditations d’un jour, mais aussi les escalades des parois et les descentes au fond des livres. Entre les mots se dessine l’écriture d’un destin. Alors que son dernier livre Sur les chemins noirs raconte son voyage du sud de la France au Cotentin, Une très légère oscillation est un miroir le long d’autres chemins. Le journal de Sylvain Tesson oscille entre le Manuel d’Epictète et les pensées de Jules Renard. Il nous incite à jouir de l’instant, à ne rien attendre du lendemain et à s’extasier des manifestations du vivant : une branche dans le vent, le reflet de la lune. C’est la chose la plus difficile au monde que de reconnaître le bien-être dans ses expressions les plus humbles, de le nommer, le saisir, le chérir. Savoir qu’on est en vie, que cela ne durera pas, car tout passe et tout s’écoule. Tout intéresse Sylvain Tesson. Sa panoplie littéraire enveloppe l’actualité la plus brûlante : Daech, les attentats, l’islam, le pape, la politique française mais aussi l’intemporel, la poésie, le spirituel. Humour et poésie sont les deux lignes de vie de Sylvain Tesson même quand il chute d’une toit et se retrouve hospitalisé pendant de longs mois à la Salpétrière : « Un fleuve bordé de saules pleureurs, est-ce une rivière de larmes ? »
Sylvain Tesson a remporté le Goncourt de la nouvelle en 2009 pour Une vie à coucher dehors et le Prix Médicis Essai en 2011 pour Dans les forêts de Sibérie, qui a été adapté au cinéma en 2016.”

Sylvain Tesson

Lire un ouvrage de Sylvain Tesson est toujours un grand plaisir.
Celui-ci ne concerne pas directement la Russie puisqu’il s’agit d’extraits de son journal entre janvier 2014 et le printemps 2017.
Mais, au fil des pages, le regard affuté et le langage direct de l’auteur apportent un regard très peu politiquement correct sur l’actualité internationale mêlant Russie, Ukraine et “diplomatie” française (sans parler de sa vision de l’islam).

En voici quelques savoureux extraits :

LA LANGUE COMME PATRIE
Croyant ardemment au patriotisme de la langue, cela ne me choque pas, moi, un drapeau russe flottant sur une terre russophone. Les pro-Russes occupent les bâtiments du gouvernorat ukrainien de Donetsk depuis dimanche 6 avril. Ils n'en reviennent pas : les caméras du monde sont braquées sur leurs barricades. La prophétie debordienne sur la société du spectacle s'est réalisée, il va falloir que les agités de l'ère cyber­nétique s'habituent à devenir des phénomènes média­tiques globaux. La banderole, accrochée au-dessus du fronton, annonce la “République de Donetsk”. Les types ont de belles têtes de coureurs de steppe. Du moins ceux qui ne portent pas de cagoule. Il y en a un en cotte de mailles avec un heaume de chevalier, accessoires pillés au théâtre de la ville : “Ce sont les costumes de la représentation de Jeanne d'Arc de l'an passé”, se souvient une professeur d'Université. Les jeunes activistes tiennent leurs positions, cocktails Molotov prêts au lancer. Ils sont assez costauds, courtois et passablement énervés : on veut les empêcher de parler russe et l'Occident les tient pour des voyous. Par quelle étrangeté nos intellectuels, si perçants d'habitude sur les questions orientales, se sont-ils entichés, à Kiev, de ce ramassis de nationalistes ukrainiens aussi démocrates qu'une meute de loups de Podolie ? Le peuple de Donetsk, lui, vaque à ses occupations, dans cette indifférence qui tient lieu au Slave de réponse à la vie. À 100 mètres de là, le printemps pousse les filles sur l'avenue Pouchkine. On glande sous les kiosques en se fichant du cours des choses. C'est cela, être un moujik : boire un coup pendant que le monde bascule.

PAS D'ISSUE
Afin que les rédacteurs en chef des journaux occi­dentaux puissent honorer les ponts du mois de mai, les équipes de communication de l'Otan devraient préparer un florilège de titres préventifs. Pour le cas où Pou­tine décide de ne pas agir en Ukraine : Le pourrissement. Pour le cas où il agit : L’agression. Pour le cas où il appelle au calme : Le jeu du sous-marin. Pour le cas où il masse les chars à la frontière : Poutine bat les masques. Pour le cas où il les retire : Poutine manigance. Pour le cas où il intervient à la télévision : La provocation. Pour le cas où il n'intervient pas : La provocation. Pour le cas où il demande à rencontrer le président américain : Les arrière-pensées. Pour le cas où il ne le souhaite pas : Le mépris.

MISTRAL PERDANT
Vladimir Poutine n'entend rien à la subtilité. Que la France ait trahi le serment de livrer deux Mistral à la flotte russe l'offusque. Pour la présidence française, l'essentiel n'est pas la sincérité de celui qui fait une promesse, mais la fiabilité de celui qui y croit. Il échappe en outre au président russe que la France contribue par sa fermeté à l'élargissement des droits de l'homme. La leçon du Mistral donne par exemple au chroniqueur le droit de ne pas livrer son papier si la ligne du journal s'est modifiée. Le droit au médecin de ne plus soigner son patient si la maladie se développe. Le droit de ne pas dire “oui”, le jour du mariage, s'il pleut. Le droit de ne pas élever son enfant s'il ne vous ressemble pas. Bref, le droit de ne pas être fidèle si votre interlocuteur n'est pas conforme.

DANS LA NUIT
Les Russes aiment les expressions fleuries. Au réveil en débouchant une vodka : “Alcool le matin, liberté pour la journée.” Quand un silence s'installe à table : “Un flic naît.” À midi où pointe le découragement: “L’avenir est un projet annulé.” Au crépuscule, après une mauvaise journée: “Nous avons essayé de faire au mieux mais ce fut comme d'habitude.”
Je dîne ce soir-là à Barbès avec une vieille dame de Samara (Rus­sie) en visite à Paris. Elle a quatre-vingt-six ans, a connu les années de l'homme rouge. Elle nourrit une légère nostalgie pour la vie au kolkhoze mais ne regrette pas la chute de l'Union soviétique. À minuit, je l'accompagne au métro. Dans la rue règne une joyeuse agitation. Une bagarre de bandes met aux prises des garçons issus des quartiers de la diversité. “Des jeunes d'origine nord-africaine contre des jeunes d'origine guinée-sahélienne”, dirait-on dans un autre pays sans penser à rien d'autre qu'à décrire ce que les yeux observent. Et Irina a ce mot : “Vous aussi, ils vous ont fait le coup de l'amitié entre les peuples.”

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