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Etre communiste sous stalineCollection Archives (n° 89), Gallimard - Parution : 12-11-1981

Résumé :

Le Parti sous Staline : non pas le P.C.U.S., mais, pour une fois, le parti des communistes. Présentés par Nicolas Werth, voici les textes qui racontent les tâches, les ambitions et les hantises quotidiennes des militants. Autobiographies, interrogatoires, enquêtes, rapports, directives et confessions, souvent tirés des inappréciables Archives de Smolensk, disent l'idéal et la misère de ceux qui avaient rêvé d'inventer l'homme nouveau et de mériter dans l'effort et dans la peine le digne nom de communistes.

Citations :

C'est une idée profondément ancrée chez les militants de base que celle d'un parti révolutionnaire toujours en lutte contre des ennemis, de l'extérieur ou de l'intérieur. On constate, ici encore, une sorte de fossilisation du discours politique depuis 1917. En fait, le discours stalinien des années 1930 reprend quelques grands thèmes bien assimilés par le militant moyen : un parti qui lutte contre les innombrables ennemis qu'a suscité une révolution unique dans l'histoire, un parti des opprimés, des prolétaires, la construction du socialisme dans un seul pays... L'aboutissement théorique de ce discours est aberrant du point de vue strictement marxiste : c'est l'idée d'après laquelle plus on avance dans la construction du socialisme, et plus la lutte des classes s'intensifie, idée-clef de l'idéologie stalinienne, qui va servir à justifier les purges et la terreur des années 1930. Difficilement acceptable pour le bolchevik d'origine, issu souvent de l'intelligentsia, cette théorie passe tout à fait dans la vulgate politique des militants de l'époque stalinienne, peu formés politiquement.
Notons toutefois que ce discours révolutionnaire n'est, pour de nombreux postulants [à l'adhésion au PC], qu'une façade qui masque des buts plus prosaïques. (page 25)

En entrant au parti, le militant était peu instruit, et désirait s'éduquer : il reçoit une formation sécurisante, figée, collective, très directive, qui repose sur quelques notions simples, élevées au rang de vérités intangibles. En adhérant, le militant était prêt à obéir aux ordres du parti : la formation qu'on lui donne glorifie le dévouement à la cause, et bannit tout esprit critique. En devenant communiste, après une longue procédure d'admission, le militant avait le sentiment d'appartenir à une élite : en multipliant ses exigences, le parti renforce ce sentiment. Qu'il apprenne ou non sa leçon d'histoire du parti, qu'il soit sobre ou qu'il continue à boire, qu'il soit un bon mari ou qu'il batte sa femme, qu'il fasse carrière au parti ou qu'il reçoive un blâme de la cellule, on renforce chez le communiste la conviction d'être – ou de devoir être – à l'avant-garde des masses. Enfin, et surtout, cette formation convainc le militant de la justesse et de la toute-puissance du discours idéologique qu'il est seul à pouvoir manier. Un militant l'écrit : nous devons étudier pour vaincre. Après avoir tant bien que mal assimilé quelques rudiments d'une vulgate marxiste ramenée à un niveau de fin d'études primaires, le militant de base croit détenir la clef du changement, l'outil essentiel pour son travail de masse. (page 93)

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