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Les neiges bleuesÉditions Autrement 2004

Quatrième de couverture :

«Comme toujours de malheur, le gel arriva sans prévenir. Il suffit d’une seule nuit pour qu’il ouvrît son portail d’argent et semât soigneusement partout ses graines mortifères. Une oreille sensible pouvait percevoir un chuchotis comme celui du blé qui glisse dans la goulotte d’un moulin. Ceci signifiait que la température était tombée en dessous de moins quarante degrés. La neige se fit bleue et la limite entre terre et ciel s’estompa. Le soleil, dépouillé de sa splendeur et privé de son éclat, végétait désormais dans une misère prolétarienne. Le froid vif buvait toute sa chaude et vivifiante liqueur – désormais seuls le feu de bois, l’amour et trois cents grammes quotidiens d’un pain mêlé de cellulose et d’arêtes de poisson devaient nous défendre contre la mort.»

 Au cœur du système répressif soviétique des années 40, dans l’antichambre du Goulag, un petit garçon de huit ans tente, malgré les épreuves, de garder l’allégresse naturelle à l’enfance. Sur une terre froide et austère avec le Goulag pour seul horizon, certains lisent la Bible en cachette et ne se résignent pas à l’Enfer.

Malgré une vie rythmée par les morts, les disparitions, les emprisonnements, le jeune Petia, condamné à devenir adulte avant d’avoir dix ans, va découvrir un terrain de jeu nécessaire et absolu où pousse une des plus belles fleurs de l’espoir : la poésie.


RÉSUMÉ :

Livre court composé de chapitres indépendants les uns des autres et qui raconte les moments forts de la vie de Petia, garçon de 8 ans, au début du livre, déporté avec sa mère dans un village sibérien par le "petit père des peuples". Le papa, "ennemi du peuple" est au goulag, à la Kolyma.
On fait connaissance avec divers personnages hauts en couleurs, victimes du système, dénonciateurs, bourreaux, enfants qui vivent malgré tout, la faim au ventre.


L'AUTEUR :

Piotr Bednarski est né en 1934 à Horeszkowce, une ville de la Pologne orientale envahie par les Soviétiques en septembre 1939. Déporté en Sibérie avec les siens durant la guerre, il sera le seul rescapé de sa famille. Rentré en Pologne, il suit une formation d’instituteur, mais sa passion de la mer le détourne de l’enseignement : il passera toute sa vie professionnelle dans la marine marchande. Piotr Bednarski est l’auteur de nombreux romans, de nouvelles et de poèmes ; Les Neiges bleues est son premier roman traduit en français.


CRITIQUE :

Ce récit autobiographique est une vraie pépite ! L'écriture est claire et soignée et les descriptions étonnantes de vérité et de beauté. Certains passages relèvent de la poésie pure malgré la dureté de ce qu'ils relatent.
Vieux mécréant, j'arrive même à apprécier les quelques passages plus religieux qui se trouvent ça et là.
Le petit Petia, à la fois fataliste et refusant la fatalité, nous montre la cruauté, les injustices, la faim, la terreur stalinienne, la peur et la mort omniprésentes et le désespoir, d'une telle manière que nous espérons toujours avec lui.
Un petit diamant de littérature slave à ne pas rater.


CITATIONS :

"Les ténèbres furent le cauchemar de mon enfance. Les ténèbres et aussi Staline. Je supportais mieux les ténèbres : elles avaient un début au crépuscule, et une fin à l’aube, et elles n’avaient pas toujours l’opacité des ténèbres bibliques. Tandis que Staline, ce voyeur génial, était partout. A tous les coins de rue, sur toutes les affiches, jusque dans nos rêves. Le guide, le timonier, le père. Souvent, j’essayais de le fixer en pleine lumière pour vaincre ma phobie. En vain. La terreur ne me lâchait pas l’âme."

"Lors de l'heure de l'éducation civique, on nous demanda comme d'habitude ce que nous voudrions devenir plus tard. La petite bande à laquelle j'appartenais constituait un groupe de choc, chacun de ses membres voulait être soit marin, soit aviateur. La profession de géologue, prospecteur de trésors, était également tolérée, selon les paroles du chant "Sur la terre, dans le ciel et en mer".
Ce fut Sachka Sverdlov que le sort désigna cette fois. La réponse de Sachka ne fut pas banale, il nous surprit, nous ramena au ras du sol. Le plus simplement du monde il déclara qu'il aurait aimé devenir une miche de pain, parce que le pain, lui, n'a jamais faim, et puis chacun aime le pain.
La bande bouillonna. On regardait Sachka comme un traître, on lui en voulut d'avoir dit ce que nous essayions de dissimuler. Car chacun de nous pensait sans cesse au pain et aspirait à en avoir à satiété. Nos rêves étaient remplis de pain. Pour du pain, nous volions."

"Lors de ses accès de sincérité sentimentale, Beauté proclamait que mon vrai père c'était le champagne rouge. Un champagne magnifique, effervescent, qui l'avait jetée dans une sorte d'extase mystique. Elle m'avait conçu dans un bien-être champagnesque puis avait accouché dans les délais impartis.
Tout le monde, toute mon école connaissait l'histoire de ma naissance et personne ne l'aurait mise en doute. C'est pourquoi les copains, lorsqu'ils usaient de mon patronyme pour me parler, m'appelaient Petia Rougechampagnevitch."

"Parce qu'une beauté comme celle qui irradiait de ma mère était nécessaire là-bas aussi. La beauté est nécessaire partout où l'homme se fait animal, partout où on s'efforce d'en faire un démon."

"Il n'y avait plus ni hier, ni demain, il n'y avait que le jour présent, l'aujourd'hui soviétique, triste et pouilleux, où il fallait survivre avec le sourire, pour rester ce qu'on était - un être humain."

"L'orchidée du soleil écartait les pétales des nuages pour répandre généreusement les vivifiantes particules de sa lumière."

"Il n’était pas beau, je ne trouvais nulle chaleur ni dans ses yeux ni dans ses traits ; Cependant il m’était moins repoussant que le visage d’Hitler. J’avais néanmoins la sensation qu’il répandait la lèpre ; mon instinct me le suggérait. Là était probablement la source de ma peur. Staline était mortifère, il répandait la mort. Il détruisait la vie, et moi, j’avais une telle envie de vivre ! En dépit de ma misère, en dépit de la fin. A tout prix, voir le ciel bleu, les oiseaux insouciants, l’herbe éternelle."

"Nous n'avions conscience ni de notre misère ni de la mort omniprésente. C'était notre monde, notre réalité, notre quotidien. Nous n'avions rien connu d'autre ou alors nous l'avions oublié."

"Et la leçon d'histoire débutait, ennuyeuse comme une affiche de propagande."

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